« Le parc des Sources se révèle ici comme un paysage patrimonial exceptionnel en constante évolution, où l’image permet de saisir l’équilibre fragile entre artifice et nature, héritage et usage contemporain. »
Depuis le début des travaux de rénovation du parc des Sources de Vichy et ses abords en 2022, ce lieu si emblématique de la ville fait l’objet d’une transformation profonde. À chacun de mes passages, j’ai suivi avec attention l’évolution de ce chantier, qui révèle peu à peu un patrimoine longtemps oublié, parfois abîmé, voire défiguré par certaines interventions modernistes passées, dont la brutalité avait rompu l’harmonie originelle du parc.
À travers cette série photographique, mon intention est de remettre en lumière la richesse patrimoniale du parc. Chaque image, pensée à différentes échelles, du large cadrage d’ensemble jusqu’au détail minutieux, vise à restituer à la fois la grandeur du lieu et la finesse de chaque éléments. Ce travail cherche à valoriser l’extraordinaire savoir-faire des artisans qui, avec rigueur et sensibilité, redonnent prestige et noblesse aux monuments et structures du parc.
Ce projet rend également hommage à la réinterprétation contemporaine du parc menée par l’agence Axe Saône. Par leur intervention, un nouveau dialogue s’installe entre les différentes forces qui habitent ce paysage : la nature, l’histoire, les traditions, l’héritage thermal et bâti.
Ce travail photographique est en perpétuelle évolution. À l’image du parc lui-même, il est destiné à se transformer et à s’enrichir au fil du temps, au rythme des restaurations, des saisons et des regards portés sur ce lieu chargé de mémoire et de culture.

Aménagé dès 1730, le Parc des Sources constitue l’un des premiers espaces publics dédiés à la promenade à Vichy. Il prend une nouvelle dimension en 1812 sous l’impulsion de Napoléon Bonaparte, qui engage une politique de valorisation de Vichy. Profondément réaménagé à partir de 1860 sous le Second Empire, il est transformé par l’architecte Charles Le Cœur à la demande de Napoléon III, soucieux d’offrir à la ville thermale un cadre prestigieux et hygiénique dépassant de loin ces voisines. Organisé selon une composition classique, ponctué de fontaines, d’allées plantées et de kiosques, le parc accompagne l’essor du thermalisme mondain et devient un élément structurant du paysage urbain de Vichy.

Commandé par Napoléon III dans le cadre de la modernisation de Vichy, l’ancien casino est édifié en 1865 par l’architecte Charles Badger, en lien étroit avec le développement thermal et mondain de la station. Agrandi en 1902 par Charles Le Cœur, l’édifice adopte une esthétique Beaux-Arts enrichie d’éléments néoclassiques, caractéristique du goût éclectique de la Belle Époque. Il intègre alors un opéra, deuxième plus grand de France de style Art nouveau unique au monde, aux décors végétaux, dorures et vitraux raffinés, symbole du raffinement culturel de la cité thermale. Aujourd’hui rattaché au Palais des Congrès-Opéra, l’ensemble témoigne de l’ambition impériale de faire de Vichy une vitrine du luxe, de la culture et du loisir.

Construites en 1901 pour la ville de Vichy par le ferronnier Émile Robert, ces galeries de style Art Nouveau en métal forgé entourent le Parc des Sources, depuis le Fer à Cheval jusqu’à l’Opéra, en passant par le Hall des Sources. Témoignages remarquables de l’architecture thermale de la Belle Époque, elles ont été restaurées dans le cadre de la réhabilitation du parc. Classées Monuments Historiques, elles font également partie du patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des Grandes villes d’eaux d’Europe.

La toiture du kiosque avec son toit à auvent polylobé repose sur des colonnes de fonte, tandis que son plafond surprend par son décor d’inspiration orientale : une voûte étoilée finement ciselée, évoquant le ciel nocturne, avec une certaine dimension onirique du lieu. Cette ornementation, typique de l’Art nouveau teinté d’exotisme, participe au raffinement architectural de la Belle Époque.

Épicentre du parc thermal, le kiosque octogonal de style Art nouveau fut conçu en 1902 par l’architecte Lucien Woog. Se distinguant par son auvent polylobé, ses colonnes en fonte et son garde-corps orné de portées musicales décorées de chansons traditionnelles réalisé avec le ferronnier Émile Robert, il incarne l’esthétique raffinée et orientalisante propre à la villégiature Belle Époque. Construit au cœur d’une galerie en hémicycle, il reste un lieu emblématique de sociabilité, de musique et de mémoire.

Héritière d’un sanctuaire médiéval, l’église Sainte-Blaise fut profondément transformée au XXe siècle avec la construction de Notre-Dame-des-Malades, édifice majeur du style Art déco. Édifiée entre 1925 et 1931 sur les plans de l’architecte Antoine Chanet puis Jean Liogier, Notre-Dame-des-Malades se distingue par son utilisation du béton, ses vitraux et ses mosaïques réalisées par les ateliers Mauméjean. Elle a su bénéficier d’un certain raffinement, pourtant pas forcément inné pour cette époque. Le clocher est couronné par une Vierge en bronze doré, symbole de protection pour les curistes et les habitants.

Sculptée en 1865 par Albert-Ernest Carrier-Belleuse, incarne la force bienfaitrice des eaux thermales de la ville. Le haut-relief représente une figure féminine, couronnée de laurier, versant l’eau d’une cruche vers deux angelots. Initialement intégrée à la façade sud de l’opéra, la statue fut déplacée à plusieurs reprises avant d’être exposée en extérieur dans les années 1940. Très abîmée par le temps, elle est restaurée en 2024 par les ateliers Enache et trouve une place dans une nouvelle niche avec une verrière.

En lisière du jardin des Sens, les galeries d’Émile Robert prolongent le paysage thermal par une déambulation ombragée en périphérie du parc. Véritable mise en scène du parcours du curiste à la Belle Époque, elles guident le promeneur jusqu’au Hall des Sources dans un décor de fer forgé et de volutes végétales, reflet du raffinement architectural propre au parc. Aujourd’hui restaurées des toitures aux peintures, jusqu’aux fondations de chaque colonne. Les galeries ont bénéficié d’un financement du Loto du Patrimoine pour la rénovation, fidèles à leur dessin d’origine, elles intègrent discrètement les exigences techniques du XXIe siècle sans altérer leur esthétique.

Au nombre de deux dans le parc des Sources, les kiosques marchands sont construits vers 1860, en même temps que le reste du parc, sous l’impulsion de Napoléon III. Ils témoignent de l’activité commerçante liée à la fréquentation thermale de Vichy. Alignés sous la galerie couverte, ils proposaient diverses marchandises aux curistes. Leur architecture légère, bien que reposant sur une structure métallique dissimulée sous un habillage de bois, participe à l’esthétique caractéristique de la Belle Époque. Les kiosques sont surmontés d’un lanternon et d’une verrière couvrant la majeure partie de la toiture. Très altérés au fil du temps, ils ont bénéficié en 2024 d’une restauration complète et fidèle, menée dans le cadre du réaménagement du parc par la Ville de Vichy.

Tel un vaisseau de verre et d’acier au cœur du parc, le Hall des Sources aussi appelé Trinkalle marque l’aboutissement des galeries. Construit en 1903 par Charles Le Cœur et Lucien Woog, d’un style Art nouveau, le hall abrite les sources emblématiques de la station. Sa structure rectangulaire, rythmée par des baies et une charpente métallique dissimulée sous un lambris de bois, favorise la circulation de l’air et de la lumière. Bâtiment unique en France par ses pans de toiture coupés et ses vasques de marbre coiffées de cloches de cuivre, ce lieu dédié exclusivement à la prise d’eau est devenu un véritable théâtre de la vie thermale.

Le grand Établissement thermal de 1re classe de Vichy, inauguré en 1903 est conçu par Charles Le Cœur et Lucien Woog de style romano-byzantin, il s’étend sur près de deux hectares. Le dôme central en grès flammé, en faïences bleu turquoise d’Alexandre Bigot et avec les fresques d’Alphonse Osbert offrent un décor digne d’un palais oriental. À la pointe du thermalisme, l’établissement proposait bains, douches, électrothérapie. Aujourd’hui encore, transformé en Centre thermal des Dômes, il perpétue l’héritage de la Reine des Villes d’Eaux et va subir une importante rénovation afin de lui redonner son l’éclats d’époque.
